Nicolas Sarkozy, le 5 décembre 2011, dans un discours fleuve au CNIT sur la nécessité d'améliorer le RER A (et B) à l'occasion de la mise en service des rames à deux étages.. Et le RER C, D ?

C’est l’une des rares fois où la campagne électorale se penche sur les transports, par le prisme de ceux qui y galèrent quotidiennement et qui voteraient donc pour le Front national, comme un cri de colère.
L’électorat FN, “c’est celui de la France rurale et périurbaine, de la France des villages et celle du RER”, explique ainsi Olivier Faure, conseiller opinion de François Hollande cité par le Monde du 23 avril, au lendemain du 1er tour. La fameuse France des “oubliés”, des “invisibles” qui hante la présidentielle 2012.

Nicolas Sarkozy avait dégainé le premier en faisant du RER son train de campagne avant même de se déclarer candidat. Train d’un jour, en aller simple avant de passer à un autre thème : la taxe Tobin, les référendums, l’immigration, le permis de conduire, la réforme de l’espace Schengen, les Harkis, la viande halal (en écho à MLP), etc. etc.

Dans un discours fleuve le 5 décembre au CNIT, après un voyage inaugural à bord d’une nouvelle rame à deux niveaux du RER A (l’une des lignes les plus saturées du réseau francilien), le président sortant avait dressé le bilan de la modernisation des transports franciliens. Sans annonce ni promesse, mais court-circuitant au passage l’inauguration, même jour-même heure, d’Autolib’, le dernier dada du maire socialiste de Paris. Obligeant Jean-Paul Huchon, un autre socialiste, à prendre son RER à son cou pour assister aux deux événements, en tant que président de Région.

Ce jour-là, Sarkozy a affirmé qu’un président de la République ne devait “pas simplement s’occuper des grands problèmes stratégiques” mais “aussi de la vie quotidienne” des gens. Le quotidien des habitants d’Ile-d-France doit être sacrément dégradé pour que près de 655 835 d’entre eux votent FN le 22 avril. Y’aurait qu’à moderniser les lignes RER, ça ferait peut-être moins d’électeurs d’extrême-droite…

Lire l’article  “Sarkozy a pris le RER de campagne“, sur le site Mobilicités

D’habitude, les camions de plus de 7,5 tonnes sont interdits de circulation en fin de semaine. Eh bien, l’interdiction est levée pour les week-end de traquetage à tout va avant les deux tours de la présidentielle. Les poids lourds remplis d’affiches, de tracts et autre “propagande électorale” vont pouvoir défiler (même le 1er mai) sur les routes et dans les villes de l’Hexagone, sans risquer le PV, ni l’immobilisation forcée.

Et dimanche 15 avril, deux autres poids lourds électoraux, Sarkozy et Hollande, vont montrer leurs muscles dans Paris : le sortant à la Concorde, le possible nouvel entrant au château de Vincennes. Entre le marathon de Paris,  les dizaines de milliers de militants et partisans attendus par le PS et l’UMP et… les camions remplis de banderoles, ça va donner dans les rues de la capitale.

Le train de nuit Thello, premier concurrent privé de la SNCF. © Ch. Recoura

Espionnage industriel, voyage d’agrément, cadeau d’anniversaire ? Non, il est né un 26 mai.
D’après mes informations (la direction de Thello qui “ne communique jamais la liste des ses passagers”, ne dément pas), le patron de la SNCF a récemment fait le voyage de nuit en train couchettes jusqu’à Venise, incognito. En classe cabine, mais pas avec la compagnie qu’il dirige.
Et pour cause, il n’y a plus de train SNCF de nuit direct entre Paris et la cité des Doges. Au mieux, une liaison jusqu’à Milan avec un changement de 55 minutes pour la gare de Mestre à… 5h38 du matin. Rien jusqu’à la gare de Santa Lucia, pour une arrivée magique au bord du Gran Canale.
Alors qu’avec Thello, le concurrent privé, on s’installe à bord en gare de Lyon à 19h45, on dîne, on dort – en couchettes ou en cabines – et on arrive le lendemain matin à 9h34, si tout va bien (les locomotives Thello n’ont pas l’air d’apprécier le grand froid, comme pourraient en témoigner les voyageurs qui ont dû prendre l’autocar jusqu’à Milan pendant l’épisode polaire du début février).
Bref, comme le promet Thello sur son site, vous pouvez maintenant prendre votre train en nouvelle compagnie, y compris avec Guillaume Pepy.

A lire sur Mobilicités : Le premier voyage de Thello, le 11 décembre 2011

Vous avez entendu parler des soutiens-gorge Lejaby, des navires SeaFrance, des cellules photovoltaïques Photowatt, vous allez sans doute entendre parler d’AnsaldoBreda et des rames de métro de la RATP.
Comme le non-candidat Sarkozy, et président sortant, vole au secours des entreprises en perdition, il va peut-être sauver les 115 emplois de cette usine de Cannes La Bocca menacés par le refus de la RATP d’aller au bout d’un contrat de 196 millions d’euros pour la rénovation des rames de métro des  lignes 7 et 8. Il faut dire que ça fait cinq ans que  la Régie attend la livraison de ces trains… (lire l’article de Mobilicités sur ce sujet)

L’administrateur judiciaire d’AnsaldoBreda France (en redressement depuis 2011) veut exploiter le fil(l)on  et a envoyé un courrier à l’Elysée avant le délibéré de la cour d’appel d’Aix-en-Provence attendu le 8 mars 2012 :  “Ayant pu constater à de nombreuses occasions à quel point vous étiez attaché à la sauvegarde de l’emploi dans cette période particulièrement difficile (sa plume a dû fourcher, il voulait sans doute écrire “dans cette période particulièrement électorale) , il m’est apparu nécessaire d’intervenir directement auprès de vous (…) pour éviter la fermeture du site avec toutes les conséquences que cela suppose tant pour l’emploi direct qu’indirect attaché à cette entreprise”.

De quoi s’agit-il exactement ? D’une sombre histoire de rames à rénover que la RATP avait confié à STP Rail spécialisée dans la rénovation ferroviaire mais pas fichue de retaper et de désamianter les 130 rames en question . En 2009, l’entreprise cannoise a été rachetée par les Italiens d’AnsaldoBreda (filiale du groupe Finmeccanica), et depuis, les rames rénovées sont livrées au compte-gouttes à la Régie. Las d’attendre, la RATP a voulu dénoncer le contrat en octobre 2011, le tribunal de commerce de Marseille l’a sommé de l’honorer, la régie a fait appel, et les juges d’appel d’Aix doivent maintenant se prononcer. En attendant le délibéré, l’administrateur judiciaire Frédéric Avazeri, préfère s’adresser au Robin des bois de l’emploi.

Venu commenter les propositions du 1er Plan national vélo devant un parterre de défenseurs de la petite reine des villes et des champs, le 26 janvier à Paris,  Thierry Mariani a finalement annoncé un seule mesure : le “tourne à droite“. Certainement pas à gauche.

Tourne à droite ? Vous savez, cette drôle de fleur faite aux cyclistes et qui les autorise à brûler les feux rouges à condition qu’ils prennent bien à droite (pas à gauche, et en évitant de faucher les piétons sur leur passage). Attendu depuis de longs mois, l’arrêté qui créé un nouveau panneau de signalisation routière (le décret autorisant les cyclistes à ne pas s’arrêter au feu rouge a été publié il y a plus d’un an) va maintenant passer dare-dare au journal officiel.
Ce sera, soit un feu jaune clignotant, soit un panneau triangulaire avec un vélo et une flèche à droite. Comme celui qui a fleuri depuis des mois dans les rues de Nantes, la ville du socialiste Jean-Marc Ayrault ayant généralisé depuis belle lurette le tourne à droite cyclistes, et visiblement inspiré Mariani tombé dans le panneau.

A trois mois de la présidentielle, le ministre des Transports, qui s’est lamenté au passage que le vélo était “le parent pauvre des transports”, ne pouvait quand même pas venir les mains vides à la tribune. Impossible de décider l’instauration d’une indemnité kilométrique de 21 centimes pour ceux qui vont tous les jours au turbin en vélo (les Belges le font bien…), comme le réclament certaines associations (lire). Même le groupe de travail qui a planché sur le Plan vélo emmené par le très UMP Philippe Goujon (député-maire du XVè à Paris), défend cette idée “à long long terme”. Il ne faudrait pas trop agacer les chefs d’entreprises qui remboursent déjà 50% des abonnements de transports collectifs à leurs salariés.
Et si c’était vélo ou transports en commun pour ne fâcher personne ? En tout cas, selon les savants calculs du Club des villes et territoires cyclables, “une demi-heure de vélo quotidienne économise 1 000 euros par an de frais de santé à la Sécurité sociale.
Espérons qu’il n’y aura pas trop de blessés aux feux rouges à cause des cyclistes qui tournent rop vite à droite, et sans casque ! Thierry Mariani lui, ne risque rien : la représentante d’une association de traumatisés crâniens lui en a offert un, hier. Il fallait au moins ça pour défendre un plan vélo aussi ambitieux.

Des centaines de "surfeurs" sur le toit d'un train de banlieue en Indonésie

A côté des trains de banlieue indonésiens, le RER A, c’est de la gnognotte. Là-bas, les “pendulaires” (ceux qui font tous les jours un voyage domicile-travail en transports collectifs), ont inventé la rame à double étage avant la RATP : ils “surfent” sur le toit des trains.  Assis, ou debout.

Après avoir tout essayé, épandage d’huile, jet de peinture rouge, chiens méchants, semonces d’imams, les chemins de fer indonésiens, PT Kereta Api, ont décidé de suspendre des boulets de béton au-dessus des wagons pour dissuader ces “surfeurs de trains”.
Des assommoirs de deux kilos, quinze centimètre de diamètre, sont accrochées par des chaînes à des barres transversales au-dessus des voies de chemin de fer. Ces boules tueuses affleurent le toit des trains qui passent, prêtes à dégommer les passagers perchés.
“Au moins un passager par jour trouve la mort en tombant du toit ou en étant électrocuté”, a indiqué à l’AFP le porte-parole de Kereta Api. Avec les boules, ça fera combien d’assommés et de morts sur les voies ? Et s’ils injectaient tout simplement plus de trains sur le réseau ferré ?

Lisez l’article de Mobilicités sur Sarkozy inaugurant le RER A à impériale

Il se sont bien amusés, ont envoyé leurs vœux sous forme de roman photos, mais maintenant le patron siffle “la fin de la récréation”.
Ils, ce sont les membres d’AGIR, l’association qui défend l’idée légitime que les transports publics doivent rester libres et indépendants des groupes comme Veolia Transdev (en pleine recapitalisation), la SNCF (via Keolis), la RATP ou autres grands méchants loups des transports. Le patron, c’est Michel Bleitrach, président de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), la puissante fédération des opérateurs de transport de voyageurs, qui compte Agir parmi ses membres.

Le 12 janvier, lors de  la rituelle cérémonie des vœux organisée près de l’Opéra à Paris, celui qui dirige aussi Keolis (un groupe pas du tout indépendant), a haussé le ton contre Agir, cet adhérent récalcitrant qui a envoyé ses vœux aux élus sous forme de pamphlet anti-groupes, et remis le couvert dans une campagne de pub publiée dans un magazine de la presse professionnelle transport (ci-contre).

Le roman photos se situe “dans le bureau d’un maire, quelque part en France”. En scène,  la représentante d’un “groupe leader” (on se demande lequel…), tout sourire, presse un maire de “signer l’avenant de la DSP”, la délégation de service public.  Mais le maire, n’est pas si crédule : “Je me pose des questions, encore une sacrée augmentation”, se dit-il. “Tout augmente dans la vie”, lui répond illico la porte-flingue du “groupe leader”.

Finalement, pas si soumis que ça, le maire se dit qu’il en a “assez d’être seul face à (son) délégataire”, c’est décidé, en 2012, il adhère à Agir”. Un de plus, c’est dans la poche. Agir compte près de 90 collectivités locales qui cherchent à s’émanciper (8% du marché des transports publics urbains et interurbains) (voir la carte).

“Notre message été mal compris, nous voulions simplement dire qu’Agir est là pour conseiller les élus, parfois même pour leur dire qu’à l’analyse des offres, celle des groupes est moins chère que si la collectivité locale décidait de gérer directement ses transports, en régie ou en Société publique locale”, tempère Arnaud Rabier le délégué général d’Agir. Nous voulions communiquer sur notre rôle de conseil, pas faire polémique”. On a un peu de mal à le croire.

Le 12 janvier,  devant un parterre d’élus, Michel Bleitrach s’est fâché tout rouge, et le patron de l’UTP a envoyé un courrier à Gilles Bourdouleix, le maire de Cholet qui préside Agir (et se présente à l’élection présidentielle sous la bannière du Centre national des indépendants et paysans), lui demandant de respecter le pacte de non agression à l’UTP.  “Les élus valent mieux qu’une caricature”, glisse un observateur. Quel sera le message de la carte de vœux 2013 d’Agir  ? A vous de proposer vos idées (laissez tomber le roman photos : un peu trop daté…)