Six cents préavis de grève en 2007, près de 14 000 trains supprimés la même année, 9 millions d’euros de pénalités payés par la SNCF à la région pour se faire pardonner tous ces “petits tracas”, une association des Naufragés du TER qui se créé pour hurler le raz le bol des voyageurs, et les élus de la région PACA “ne se sont pas encore posés la question de savoir s’ils étaient prêts à ouvrir leur réseau ferré à la concurrence” (dixit Patrick Allemand, 1er vice-président de région lors des Rencontres nationales du transport public qui se déroulent en ce moment à Nice) !
Pourtant, à partir du 3 décembre 2009, un règlement européen (OSP) permettrait à ces mêmes élus d’envoyer balader la SNCF et de se tourner vers les nouveaux entrants, pour voir s’ils se débrouilleraient mieux que l’opérateur historique. Deutsche Bahn, Veolia Transport, Keolis, Eurailco, pour en citer quelques uns, sont dans les starting blocks et n’attendent que le lancement d’un appel d’offres pour dégainer.
Seulement voilà, la région Provence Alpes Cote d’Azur (PACA) est présidée par le socialiste Michel Vauzelle et pour la gauche qui préside 20 régions sur 22, la fin du monopole de la SNCF est un gros mot. En Aquitaine, les élus ont signé une nouvelle convention de 10 ans avec la SNCF, histoire de la mettre à l’abri de la concurrence… Le mot d’ordre de l’Association des régions de France (ARF) c’est le statu quo avec la SNCF pour ne pas faire trop de remous social à quelques mois des élections régionales.
Remarquez, il n’y a pas que pour la gauche que la libéralisation du rail est une grossièreté : le gouvernement fait lui aussi de la résistance et au lieu d’appliquer le fameux règlement OSP qui mettrait une peu de zizanie sur les rails de la SNCF, notre ministre des Transports réunit un “Comité des parties prenantes” pour réfléchir à la meilleure méthode d’ouvrir les TER à la concurrence. Histoire surtout de gagner un peu de temps… jusqu’en 2019, date butoir.
Le rapport de la Cour des Comptes présenté le 25 novembre va t-il ouvrir les yeux des élus régionaux ? Il dresse un “bilan contrasté” du transfert aux régions du transport express régional, estimant qu’il a marqué “un progrès incontestable” pour les usagers, mais a constitué “une opération coûteuse” pour les acteurs concernés (régions, Etat, RFF, SNCF).
Pour l’heure, le souffle de l’ouverture à la concurrence n’est pas très vigoureux en France et, visiblement, les naufragés du rail vont devoir lutter encore longtemps contre des vents franchement contraires.